
La problématique de l’Enseignement au
Maroc par Moha Khettouch
La question de l’enseignement a donné lieu
depuis l’indépendance à de multiples débats, impliquant les gouvernements
successifs, et les organisations politiques et syndicales nationales. Chaque
grand événement de la vie scolaire suscitait des discussions et des remises en
questions et offrait l’occasion de reposer le problème de l’enseignement dans
sa globalité ou dans quelques uns de ses aspects.
Les débats se
sont particulièrement focalisés sur les aspects quantitatifs et qualitatifs de
l’enseignement et sur le problème de la démocratisation des systèmes scolaires
et universitaires.
Après le recul
d’un demi-siècle l’on ne peut, contre mauvaise fortune, constater que le peu de
cas que l’on a accordé aux myriades de résolutions et de recommandations,
pourtant empreintes de bonnes intentions, de brillantes réflexions, de pertinentes
conclusions ; les unes et les autres classées sans suite sans qu’aucun
compte n’en soit tenu par les ministres qui étaient en charge de l’éducation
nationale.
A ce titre, il
semble vivement opportun, de rappeler pour mémoire les axes essentiels qui
avaient soutenu l’immense travail réalisé à travers les multiples débats, les
innombrables forums, la foison de mémorandums officiels ou officieux et de se
poser la question de savoir pourquoi les pouvoirs publics n’avaient cru devoir réserver
le moindre écho aux synthèses issues de ces réflexions globales, sectorielles
et segmentaires représentatives de la grande sinon de l’écrasante majorité de
l’opinion publique nationale.
Pourquoi a-t-on sciemment
écarté l’approche ou la méthodologie démocratiques qui auraient pu servir de
cadre logique propre à révéler des performances apodictiques dans le but d’asseoir
un système éducatif basé sur une stratégie fiable défrayée du slogan populiste,
de la démagogie politicienne et des symboles destinés à la propagande
chauviniste.
Les déficiences susvisées se trouvent être en déphasage
complet avec la marche du monde et en rupture intégrale avec l’authenticité
identitaire du Maroc profond, celui qui ne renie aucune composante de sa
culture, de sa civilisation plusieurs fois millénaire et de sa religion adoptée
sans aucune contrainte et sans prosélytisme forcené.
Pourquoi
certains tenants du pouvoir ont engagé, à dessein, le système éducatif dans
l’impasse tout en préservant celui dont étaient bénéficiaires les progénitures
des élites privilégiées.
Pourquoi les chantres
de l’arabisation en épargne l’application à leurs enfants et en en faisant le
seul apanage du peuple ouvrier et paysan pourtant largement majoritaire.
Pourquoi cet
enseignement ambivalent et ségrégationniste ?
Pourquoi a-t-on,
chaque fois qu’intervient un changement de gouvernement ou un simple
remaniement ministériel, préféré l’improvisation accidentelle, conjoncturelle
et impromptue à la réforme structurelle stratégique à incidence fondatrice et à
impact réticulaire global.
Le Maroc a
compté autant de réformettes que de ministres ayant transité pour des périodes
plus ou moins durables par le département de l’enseignement et de la formation.
A cet effet et
pour que l’image soit encore plus claire, il y a lieu d’illustrer, à travers la
présente étude, la situation de l’enseignement par quelques chiffres percutants
et des statistiques significatives afin de procéder à des comparaisons entre le
Maroc et les pays similaires :
SHEMA COMPARATIF
DES EFFECTIFS DU CORP PROFESSORAL DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE AU MAROC,
ALGERIE, EGYPTE, ARABIE SAOUDITE, TUNISIE ET FRANCE.

SHEMA COMPARATIF
DES EFFECTIFS DU CORP PROFESSORAL DANS
L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AU MAROC, ALGERIE, TUNISIE ET FRANCE.

-
Le constat est implacable, le Maroc est nettement à la
traîne et est loin de rattraper son retard chronique.
D’autres paramètres corroborent ce constat
d’échec du Maroc ; exprimées en valeurs relatives du produit intérieur
brut les dépenses publiques de l’éducation représentent 5% au Maroc ; 8%
en Algérie et 7,5% en Tunisie.
SHEMA COMPARATIF DES EFFECTIFS DE LA POPULATION ESTUDIANTINE AU MAROC,
ALGERIE ET TUNISIE.

La population estudiantine totale donne
également une idée de la distorsion au détriment du Maroc.
C’est
précisément pour toutes ces raisons que la situation est vivement préoccupante
au Maroc qui n’a d’autres choix que celui d’une véritable révolution
éducationnelle profonde quel qu’en soit le prix et les sacrifices ; il y
va de son devenir immédiat et à long terme.
La définition
d’une véritable doctrine stratégique de l’enseignement doit être recherchée
dans une synthèse entre la culture et la préparation à la vie active, dans un équilibre
entre les apports du passé et les exigences de l’avenir.
Le but qui doit être
poursuivi est la formation d’un type d’homme pourvu de qualités
intellectuelles, religieuses, physiques, esthétiques, respectueux des
traditions mais largement ouvert au monde moderne, à la nouvelle technologie, fidèle
aux structures ethniques et politiques, conscient de son appartenance à la
collectivité nationale et désireux de voir son pays occuper la place qui lui
revient dans le concert des Nations.
Cela ne saurait
intervenir que par le biais incontournable de la généralisation de l’enseignement fondamental.
Il est ensuite impératif
d’opérer, dans la justice et l’équité, une sélection objective dés l’accès dans
le cycle du second degré parmi les élèves les plus aptes à devenir des cadres
moyens et supérieurs et à poursuivre, avec tous les atouts de réussir, des études
universitaires performantes et de qualité.
Il est nécessaire,
chemin faisant, de relever le niveau de l’enseignement à tous les degrés en
modernisant les programmes, en rénovant les méthodes pédagogiques car
l’aptitude à évoluer est la qualité essentielle de l’homme moderne ; il ne
s’agit plus pour l’enfant d’accumuler machinalement des connaissances mais de
se préparer à en rationaliser l’acquisition.
Un autre impératif
essentiel s’impose en priorité, il s’agit de relever le niveau des cadres enseignants,
des formateurs en général, et de développer leur qualifications et habilités
afin qu’ils puissent dispenser un enseignement scientifique, technique et littéraire
dicté par le souci de moderniser le Maroc à tous les niveaux.
Pour ce faire un
certain nombre de principes doivent être alignés :
v Nécessite de
respecter une programmation par objectif avec des échéances bien échelonnées
dans le temps et dans l’espace afin d’éviter les improvisations qui ont ruiné
notre système éducatif pendant des décennies ;
v Orientation
scientifique, objective et autoritaire des élèves et des étudiants en fonction
de leurs aptitudes réelles, des possibilités de l’économie et des moyens de la
Nation ;
v Choix réaliste des
langues d’enseignement en bannissant tout chauvinisme de mauvais aloi, des
slogans populistes imposés d’ailleurs. La langue véhiculaire de la formation
n’est qu’un moyen utilisé avec intelligence pour maîtriser les sciences, les
techniques et les cultures. Cela n’a rien à voir avec le patriotisme auquel
tous les marocains sont attachés des millénaires durant. D’ailleurs ceux qui prônent
l’arabisation placent leurs enfants dans les écoles des missions culturelles étrangères ;
ce qui est bon pour le peuple ne l’est pour leurs enfants.
v Egalité de tous
les citoyens pour poursuivre les études jusqu’au plus haut degré. Le ministre
de l’éducation nationale du premier gouvernement de l’indépendance, en visite
au collège de Ksar-es-Souk dans le Tafilalet avait incité, sans aucune gêne,
les élèves à arrêter leurs études au brevet pour se destiner aux postes
d’instituteurs et de commis d’exécution dans les services publics. Le directeur
du collège, un français, en l’occurrence Mr Wallon lui a rétorqué sans ménagement :
« non monsieur le ministre, tous ces élèves seront des ingénieurs et des médecins…leur
ruralité n’a rien à voir là dedans et les grands postes ne sont pas la chasse gardée
des citadins. »
Ainsi certains
fils des couches populaires des villes et des campagnes ont-ils pu percer
pendant la première décennie qui a suivi l’indépendance…Cela fut fugace, l’élan
s’arrêta là par volonté délibérée des esprits malveillants.
Ensuite ces volontés
pernicieuses ont senti le danger issu de la bonne éducation de la plèbe. Cela
risque de perturber les équilibres et partant de remettre en cause la dominance
exacerbée des fassis.
Alors la résolution
était prise au niveau le plus élevé de l’Etat de freiner sinon d’arrêter l’élan.
La meilleure façon d’y parvenir est de soumettre le système éducatif aux
mauvaises réformes : marocaniser en désordre, arabiser à tout prix,
recruter les enseignants étrangers au rabais.
On jette aux
orties l’exigence démocratique fondamentale qui veut que les hommes qui
naissent égaux en droit, puissent le demeurer devant l’instruction, jusqu’au niveau
supérieur le plus élevé.
Mais la réalité
est plus amère : le fils du riche, même peu doué, poursuit ses études dans
les meilleures écoles étrangères du primaire à l’université, ou dans les établissements
privés de luxe, tandis que les enfants du peuple, du prolétariat ouvrier et
paysan abandonnent leurs études malgré leurs aptitudes souvent élevées ou reçoivent
au meilleur des cas un enseignement qui les destine illico au chômage et à la délinquance.
La structure
des classes de la société rejaillit sur notre système éducatif.
A. Laraki,
professeur de médecine de son état, proclamait haut et fort que les
« arobia » et les « berbères » n’ont pas leur place à la
faculté de médecine. Seuls les
ressortissants de Fès peuvent avoir le privilège d’intégrer cette prestigieuse
faculté…Il montre parfois quelque indulgence à ceux qui ont la chance d’être
issus d’une mère fassie compte non tenu alors de l’origine paternelle. La
maternité efface toutes les tares et autres déficiences. Un étudiant
d’extraction noble en a conservé une amertume de peur que ses condisciples
voient dans ses notes brillantes, non son mérite personnel du reste évident,
mais une récompense génétique due à une appartenance agnatique à moitié fassie
et que le sinistre professeur mettait en valeur à chaque remise des copies
d’examen. La note de 19/20, clamait-il, est obtenue car ta mère est fassie.
Cela embarrassait notre étudiant au plus haut point…il est actuellement professeur
chirurgien émérite au CHU de Rabat.
Ce
même Laraki a été pendant longtemps ministre de l’éducation nationale et même
premier ministre. Que peut-on attendre d’une pareille misanthropie à relent
raciste, ségrégationniste et plébophobe si ce n’est d’abâtardir le système éducatif
en le dépouillant, à son profit personnel, car il s’y serait scandaleusement
enrichi, et aurait développé une fortune à partir des moyens publics. Une chose est certaine il
a fait du ministère de l’éducation nationale un appareil déliquescent qui
produit la médiocrité intellectuelle, l’indigence technologique et l’inféodation
de l’économie à une élite savamment circonscrite dans une forteresse
inexpugnable et hors d’atteinte de la plèbe.
Il
suffit, pour s’en rendre compte, de passer en revue la liste des éléments
constituant le patronat représenté dans la fameuse CGEM et les majors de la
finance et de la banque.
Les
patronymes à connotation fassie occupent le haut du pavé et de loin…Tous les
leviers de commandes sont entre leurs mains et cela est structurel sauf cas de tsunami, puisse Dieu nous en épargner les effets
destructeurs et les impacts dévastateurs.
Compte
tenu de ce qui précède, il est temps de secouer le cocotier.
L’enseignement
doit être la base d’une renaissance culturelle nationale. La culture assouplie
par des siècles de féodalisme et d’isolement, étouffée ensuite par le régime
colonial et finalement par le régime bourgeois du début de l’indépendance, doit
impérativement prendre son essor maintenant que toutes les donnes ont changé,
que les tabous sont tombés, que les slogans et la démagogie sont bannis.
Elle
ne le pourra pas tant que l’on n’a pas choisi la méthode ou la doctrine
susceptible de l’insérer dans le système de l’universel, seule exigence
nationale du développement dans le contexte de la mondialisation. Le système
culturel devra intégrer le Maroc dans la civilisation de la technologie défrayée
des chauvinismes éculés.
L’enseignement
marocain sera plus rentable le jour où l’élève et l’étudiant utiliseront
l’outil linguistique qui les rendra aptes à étudier, à comprendre, à s’exprimer
dans cette ère mondialisée.
La
culture nationale s’épanouira lorsque les intellectuels marocains seront à même
d’exprimer la réalité endogène dans la langue qui est le support des relations
humaines dans la société internationale, celle qui exprime le mieux leurs
sentiments et leurs visions du monde.
La
stérilité d’une partie de l’intelligentsia n’a pas d’autre base que l’éducation
qu’elle a reçue par le biais d’un régime arabisé, abâtardi, démagogique et
rétrograde.
A
cet égard il est édifiant de rappeler ce qui est arrivé, dans les années 70 à
un ministre qui avait l’intention sincère de réformer l’école en tenant compte
de suggestions multiples et protéiformes émanant des étudiants et des
professeurs, donc de ceux qui sont intéressés directement par le problème. Son
projet fut rejeté sans ménagement. Le roi lui aurait dit textuellement qu’il ne
veut point d’un Maroc d’excellence, mais de marocains médiocres et en bas de
l’échelle… Le ministre dont il s’agit eut le courage de démissionner, et ce fut
une première.
Actuellement
les perspectives doivent être renversées.
On
a besoin d’un enseignement de qualité, sans pour autant renoncer, en aucun cas,
à l’authenticité identitaire fondamentalement marquée par l’amazighité,
l’arabité et l’islamité.
Il
est temps, aujourd’hui plus que jamais de promouvoir une réforme nationale,
sous forme de reengineering hardi, inexorable et audacieux, basé sur la
rationalité, le réalisme et le pragmatisme, dédiée à la formation, à
l’éducation et à l’enseignement susceptibles de tirer le développement
économique et social du Maroc vers le haut.
Il
n’est plus permis de tolérer des improvisations inconsidérées et de dernière
minute dont pâtit encore le pays et dont on se sert ensuite, comme vulgaires
subterfuges ou comme argumentaire gratuit et creux pour justifier des retours
en arrière visant à désorganiser la structure systémique de l’enseignement dont
le corollaire se traduit par le sacrifice des élèves et des étudiants sur
l’autel de la bêtise humaine.
Il
est indiqué voire impératif de recourir au véhicule linguistique idoine propre
à assurer une grande ouverture du citoyen sur les réalités tangibles de
l’environnement international ; en l’occurrence une langue utile dans le
travail et dans la vie. Le positivisme et pourquoi pas l’opportunisme au sens
mélioratif, en l’objet, doivent être maîtres de terrain.
Le
pays et les citoyens sont suffisamment mûrs pour accepter ces réalités
nouvelles dictées par les nécessités du développement durable et par
l’émergence de nouveaux standards de l’instruction universelle globalisée
effaçant progressivement et inexorablement les frontières traditionnelles
étriquées.
Forts
de ces convictions, les citoyens n’ont de cesse de critiquer avec courage et
objectivité les mesures négatives prises par les anciens ministres de
l’éducation nationale de 1956 à 2005 ; mesures ayant engendré le marasme
actuel ; les uns arabisent, les autres francisent, tous abâtardissent le
système et le peuple se trouve être paumé entre ceux-ci et ceux-là.
Le
marocain réclame le relèvement apodictique, dans l’évidence et dans le droit,
du niveau et de la qualité des études quels que soient les moyens et les voies
utilisés pourvu que cela débouche sur le salut et le bien être des citoyens de
toutes catégories. Le peuple est adulte, mûr et conscient ; il aime ses
langues nationales ; mais il aime encore plus les voies du développement.
Il
est indispensable d’être persuadé que la solution au problème de l’enseignement
passe par sa conception et son insertion dans la problématique générale des
rapports fonctionnels et structurels de celui-ci avec tous les secteurs de
l’économie et toutes les composantes de la société, en l’occurrence du
développement intégré de la Nation en tant que membre actif de la Communauté
mondiale globale et décloisonnée.
L’enseignement
ne saurait constituer, comme il l’a été pendant longtemps, un secteur isolé,
sclérosé où l’on entreprend au gré des humeurs ou à des desseins funestes, des
expérimentations sans finalité et sans avoir, au préalable évalué la situation
et déterminé un cadre logique pour en soutenir le déroulement et le processus
dans la transparence et l’objectivité.
L’éducation
nationale est une affaire trop importante dans l’état présent, le futur
immédiat et le devenir à moyen et long terme d’une Nation ; aussi
doit-elle rester intimement liée aux domaines social, économique et politique.
En
fait l’enseignement présente un aspect d’une problématique plus vaste, celle du
sous-développement qui est lui-même la conséquence des politiques velléitaires
et éclectiques menées par les mauvais décideurs du destin du Maroc.
C’est
dans cette vision prospective qu’il semble incontournable d’envisager la
solution radicale de la Formation initiale au Maroc dans une perspective
dynamique de lutte protéiforme contre le sous-développement.
Il
y a lieu d’affirmer, sans atermoiement, que la solution véritable voire unique
de ce problème crucial ne peut être recherchée que dans le cadre d’une
stratégie intégrée et holistique du développement.
Les
pouvoirs publics, la société civile, les partis politiques et les centrales
syndicales, après avoir expurgé leurs discours et leurs programmes des slogans
populistes creux et démagogiques, doivent s’associer, avec toute la
disponibilité requise, à la réflexion intensément focalisée sur les maux de
l’enseignement et de la thérapie appropriée pour en éradiquer les effets et
lancer les jalons d’un édifice fondateur solide répondant aux préoccupations de
toutes les sensibilités sociétales.
La
conjugaison des efforts ainsi déployés sans arrières pensées politiciennes
conduira inéluctablement à l’émergence d’une véritable Ecole Nationale ouverte
à tous sans aucune discrimination : dans l’équité et l’égalité ; et
qui fait la synthèse de l’héritage culturel commun et des apports cumulatifs
des autres cultures et des autres civilisations.
Il
est temps de s’inscrire dans la logique de l’universel ; briser les tabous
et vaincre les inhibitions.
L’école
actuelle est marginale par rapport à la société et encore plus à l’économie.
Elle véhicule des généralités abstraites insusceptibles de créer un citoyen
conscient, productif, apte à s’engager dans le processus du développement avec
ses dimensions économiques, sociales et culturelles.
Il
faut armer le citoyen de connaissances, d’aptitudes, de performances qui sont de
nature à lui faciliter son insertion dans le processus de transformation et de
développement de la Nation. Ce qui nécessite une formation en adéquation avec
les besoins réels de l’économie et de la société et en harmonie avec
l’environnement immédiat et avec l’environnement international. Le pays a
besoin d’un citoyen intelligent et éveillé, analyste et scrutateur, critique
mais producteur.
L’école
est appelée aujourd’hui plus que jamais à participer en tant que milieu
culturel à la renaissance et au développement d’une pensée libérée des
séquelles de la pensée réactionnaire favorisée par les vrais ennemis du peuple
marocain, lesquels sont déterminés à aggraver sa médiocrité et à mettre en
phase l’excellence de l’élite liée elle-même à la ploutocratie.
L’exploitation
de la culture plurielle doit trouver dans le système de l’enseignement la place
qui lui revient. C’est ainsi qu’il faut consacrer des programmes et dédier des
chaires universitaires à l’étude de toutes les composantes de la culture marocaine
sans restriction et sans exclusion.
Il
est temps d’écarter définitivement les tendances d’une certaine bourgeoisie
égotiste qui aspire avec une ardeur dissimulée à arabiser le peuple à tout prix
dans le seul but parfois inavoué de reproduire les structures économiques
dominantes en sa faveur.
Comme
parade à cette manœuvre machiavélique, il est indiqué de mutualiser les
intelligences de toutes les couches de la société pour mettre au point d’abord
et en œuvre ensuite un système d’éducation et d’enseignement axé vers la
prospérité de tout le Maroc.
Seul
le roi est à même d’ouvrir les chantiers d’une telle envergure propres à donner
au Maroc Le Système Educationnel idoine ; celui qui sera susceptible de
lui ouvrir les portes de son destin : un peuple ayant atteint les
standards de développement humain tel que reconnus sur le plan international
grâce à une monarchie populaire et acceptée omnium consensus… par tous.
A
ce titre, il est indispensable de faire appel à l’autorité du roi pour opérer
une restructuration globale du système de l’éducation, de l’enseignement et de
la formation et de dégager, chemin faisant, une stratégie fondatrice,
applicable immédiatement après en avoir finalisé tous les objectifs.
Certes cette stratégie s’inscrit dans la perspective
de la durabilité ; elle est soumise à des évaluations dynamiques et à des
évaluations finales destinées à mesurer les écarts entre les prévisions et les
résultats et impacts que ceux-ci ont exercé sur le plan pratique.
Si
le volontarisme royal va dans ce sens, cette approche est tout à fait
réalisable à la seule condition de bien en choisir les opérateurs, de veiller à
ce qu’ils soient représentatifs de toute la société et de tout le territoire, à
ce qu’ils aient des habilités, des aptitudes, des compétences, des expériences
vécues, à ce qu’ils soient responsables de leurs actes afin de rendre des
comptes, le cas échéant.
Il
s’agit, pour le roi, de mettre en œuvre un système de gestion de projet et en
confier l’exécution à une institution indépendante de régulation placée sous
son autorité directe, sans aucun relais.
Cette instance doit avoir, toutefois des
comptes à rendre concomitamment à la cour des comptes et à un comité de suivi
et d’évaluation désigné par le souverain et composé d’experts nationaux et
étrangers connus pour leur probité morale et leurs expériences dans les
domaines de la pédagogie et de la formation.
Les
résolutions définitives adoptées par les experts, validées par le souverain
sont exécutoires et deviennent opposables à tous ; après les avoir
formalisées sur les plans législatif et réglementaire.
L’urgence
est de mise, la décision doit être prise sans désemparer. Aucune expectative ne
semble possible ni envisageable.
Le
roi, responsable du règne et de la gouvernance, se trouve en interface avec une
problématique nationale généralisée à savoir, en l’occurrence : une
formation au rabais des citoyens, caractérisée par l’inconsistance et le
déséquilibre, subie notamment par la plèbe et dont les classes dominantes, du
reste, minoritaires, s’accommodent fort bien.
Ces
dernières arrivent à faire franchir à leurs progénitures, favorisées par le
sort et privilégiées par le régime, tous les obstacles liés au système général
en vigueur dans le pays, en les plaçant dans des filières spéciales qui ne
sauraient être qu’à leur portée à l’exclusion du reste du peuple en désarroi et
livré à lui-même.
Ces
patriciens de l’époque contemporaine, ainsi formés et bardés de diplômes des
meilleures écoles étrangères, ne s’intéressent guère au contenu de la société
qu’ils méprisent, du peuple qu’ils dédaignent, éloignés des réalités
quotidiennes et des problèmes du pays, avides de pouvoir et d’argent et
susceptibles de servir le diable et quiconque puisse leur garantir des
privilèges proportionnés à leurs folles ambitions ; (les références
foisonnent : Benhima qui se croit le nombril du monde ; Cherif imbu
de sa personne tant et si bien qu’il commence à se mesurer au roi ; Douiri
qui se prend sans aucune humilité pour la plus brillante intelligence que le
Maroc ait jamais produite… et l’on peut multiplier les exemples à l’infini).
Cette
situation à laquelle le roi est confronté a créé une immense lacune dont la
gravité devient de plus en plus intense. Elle donne la mesure des tâches
historiques qui s’imposent au monarque ; pour qui l’enseignement mérite
d’être un thème de réflexion prioritaire non conjoncturel.
Cette
tâche structurelle, pour pénible et ardue qu’elle soit, ne sera sûrement pas vaine.
Il
est clair, en tous cas, que le souverain n’a d’autre alternative que de
s’engager dans une stratégie politique globale, désintéressée et démocratique à
travers laquelle la société marocaine en devenir, trouvera LA SOLUTION
principale idoine à la plupart de ses contradictions et aux bouleversements qui
la secouent… et c’est là et uniquement là que se forgera son destin.
Le
roi, en adoptant cette approche à la fois autoritaire et participative,
contribuera activement à l’émergence d’un citoyen nouveau, moderne,
progressiste, armé des connaissances et des technologies, des méthodes et des
conceptions nécessaires tant à son épanouissement personnel qu’à sa
participation dans l’accomplissement du Projet royal d’enseignement, débarrassé
de tous complexes à l’égard de son héritage historique et de la culture
hégémonique sur le plan mondial, inséré dans une perspective de progrès réel
qui constitue le cadre logique fondateur de tout système censé être généré par
le Projet royal, seul dans l’état actuel des choses à être de nature à répondre
aux questionnements ci-après :
-
quelle vocation le roi veut-il attribuer à l’enseignement ?
-
quelles sont les fonctions politiques, socio-économiques et psycho-culturelles
que le système de l’enseignement devra remplir ?
-
quel est le meilleur véhicule pour l’enseignement ?
-
quels sont les déterminants réels de l’accès à l’éducation et aux succès
scolaires ?
-
quels rapports entretiennent entre eux les différents organes de socialisation
et d’éducation : famille, école, médias, associations politiques et
culturelles ?
-
quels rapports quantitatifs et qualitatifs existent entre la formation
dispensée et les exigences du développement économique et social du pays à
moyen et à long terme ?
-
quelle Nation future l’enseignement prépare-t-il ?
Le Projet, si il est géré avec
efficience, efficacité et pertinence, apportera les réponses à ces questions
cruciales et identifiera les contradictions exactement là où elles se situent.
Il
permettra de mieux percevoir que les tares et les déficiences actuelles du
système réticulaire de l’enseignement, si elles ne sont pas toutes préméditées
par les ministres successifs ayant contribué peu ou prou à sa destruction, ont
été tolérées et souvent encouragées et appuyées, parfois même, sur instigation
de la plus haute autorité de l’Etat.
De
ces quelques observations et remarques, il est possible de conclure que le
système éducatif actuel dans son agrégat cumulatif est en crise. Cette crise
est indubitablement générée par l’inadaptation dont les traits essentiels sont
issus de son inspiration irraisonnée du système français. Celui-ci est orienté
sur l’acquisition d’une culture générale sans rapport avec les besoins d’une
société ayant un besoin indicible à résorber l’énorme
déficit d’hommes et de femmes possédant un potentiel technologique
indispensable pour s’affranchir de la tradition sclérosante.
Il
est, dès lors, nécessaire au roi actuel, de concevoir le contenu de
l’enseignement en fonction des données actualisées, scientifiquement validées,
du secteur de l’éducation et de réfléchir à ce que doit être la Formation dans son
sens le plus large.
A
cet égard le chemin suivi depuis cinquante ans semble avoir débouché sur une
impasse.
En
second lieu le système de l’éducation au Maroc n’a jamais obéi à une doctrine
cohérente ou à une stratégie bâtie en tenant compte des éléments dégagés à
travers une évaluation analytique de la situation. Laquelle serait de nature à
tracer un cadre logique en toute connaissance de cause avec la maîtrise des
tenants et des aboutissants d’une telle stratégie essentielle à la vie d’une
Nation et à un développement conforme au génie de la civilisation marocaine
dans toute son authenticité identitaire et sa capacité à s’adapter à
l’évolution de la science et de la technologie en tant qu’entité dynamique
contribuant à son essor dans un contexte caractérisé par la mondialisation et
la globalisation qu’une personne seule ne saurait maîtriser.
Moha Khettouch